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Archive A-B

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Guillaume Apollinaire: Con Large Comme Un Estuaire

 

Con Large Comme Un Estuaire

Con large comme un estuaire
Où meurt mon amoureux reflux
Tu as la saveur poissonnière
l’odeur de la bite et du cul
La fraîche odeur trouduculière
Femme ô vagin inépuisable
Dont le souvenir fait bander
Tes nichons distribuent la manne
Tes cuisses quelle volupté
même tes menstrues sanglantes
Sont une liqueur violente
La rose-thé de ton prépuce
Auprès de moi s’épanouit
On dirait d’un vieux boyard russe
Le chibre sanguin et bouffi
Lorsqu’au plus fort de la partouse
Ma bouche à ton noeud fait ventouse.

Guillaume Apollinaire
(1880 – 1918)
Con Large Comme Un Estuaire

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Aria Aber: Hard Damage. Poetry

Hard Damage works to relentlessly interrogate the self and its shortcomings. In lyric and documentary poems and essayistic fragments, Aria Aber explores the historical and personal implications of Afghan American relations.

Drawing on material dating back to the 1950s, she considers the consequences of these relations—in particular the funding of the Afghan mujahedeen, which led to the Taliban and modern-day Islamic terrorism—for her family and the world at large.

Invested in and suspicious of the pain of family and the shame of selfhood, the speakers of these richly evocative and musical poems mourn the magnitude of citizenship as a state of place and a state of mind. While Hard Damage is framed by free-verse poetry, the middle sections comprise a lyric essay in fragments and a long documentary poem. Aber explores Rilke in the original German, the urban melancholia of city life, inherited trauma, and displacement on both linguistic and environmental levels, while employing surrealist and eerily domestic imagery.

  One hears everything here, where the landscape
  is a clean knife, slicing the mute—just a cat
  wiping its face, roofs with snow for weeks, ice
  falling from fir trees like books pushed off a shelf.

“The book is an academic asset. It is fine literature, from beyond the borders of the English-speaking sensibilities. Students of literature, political science, sociology, foreign affairs, and many other disciplines can benefit from Hard Damage…” – NY Journal of Books

Aria Aber was raised in Germany, where she was born to Afghan refugees. Her debut book Hard Damage won the Prairie Schooner Book Prize in Poetry and will be published in September 2019. Her poems are forthcoming or have appeared in The New Yorker, New Republic, Kenyon Review, The Yale Review, Poem-A-Day, Narrative, Muzzle Magazine, Wasafiri and others. A graduate from the NYU MFA in Creative Writing, where she was the Writers in Public Schools Fellow, she holds awards and fellowships from Kundiman and Dickinson House and was the 2018-2019 Ron Wallace Poetry Fellow at the Wisconsin Institute of Creative Writing. She’s currently based in Berlin and is at work on her second book.

Aria Aber (Author)
Hard Damage
Poetry
Series: Prairie Schooner Book Prize in Poetry
Paperback
126 pages
Publisher: University of Nebraska Press
2019
Language: English
ISBN-10: 1496215702
ISBN-13: 978-1496215703
Product Dimensions:
6 x 0.3 x 9 inches
$17.95

# new books
Aria Aber:
Hard Damage
Poetry

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Sophie d’Arbouville: Le Poète

 

Le Poète
ODE
(Couronnée aux jeux floraux)

Des longs ennuis du jour quand le soir me délivre,
Poète aux chants divins, j’ouvre en rêvant ton livre,
Je me recueille en toi, dans l’ombre et loin du bruit ;
De ton monde idéal, j’ose aborder la rive :
Tes chants que je répète, à mon âme attentive
Semblent plus purs la nuit !

Mais qu’il reste caché, ce trouble de mon âme,
De moi rien ne t’émeut, ni louange, ni blâme.
Quelques hivers à peine ont passé sur mon front…
Et qu’importe à ta muse, en tous lieux adorée,
Qu’au sein de ses foyers une femme ignorée
S’attendrisse à ton nom !

Qui te dira qu’aux sons de ta lyre sublime,
À ses accords divins, ma jeune âme s’anime,
Laissant couler ensemble et ses vers et ses pleurs ?
Quand près de moi ta muse un instant s’est posée,
Je chante…. ainsi le ciel, en versant sa rosée,
Entr’ouvre quelques fleurs.

Poètes ! votre sort est bien digne d’envie.
Le Dieu qui nous créa vous fit une autre vie,
L’horizon ne sert point de limite à vos yeux,
D’un univers plus grand vous sondez le mystère,
Et quand, pauvres mortels, nous vivons sur la terre,
Vous vivez dans les cieux !

Et si, vous éloignant des voûtes éternelles,
Vous descendez vers nous pour reposer vos ailes,
Notre monde à vos yeux se dévoile plus pur ;
L’hiver garde des fleurs, les bois un vert feuillage,
La rose son parfum, les oiseaux leur ramage,
Et le ciel son azur.

Si Dieu, vous révélant les maux de l’existence,
Au milieu de vos chants fait naître la souffrance,
Votre âme, en sa douleur poursuivant son essor,
Comme au temps des beaux jours vibre dans ses alarmes ;
Le monde s’aperçoit, quand vous montrez vos larmes,
Que vous chantez encor !

Le malheur se soumet aux formes du génie,
En passant par votre âme, il devient harmonie.
Votre plainte s’exhale en sons mélodieux.
L’ouragan qui, la nuit, rugit et se déchaîne,
S’il rencontre en son cours la harpe éolienne,
Devient harmonieux.

Moi, sur mes jeunes ans j’ai vu gronder l’orage,
Le printemps fut sans fleurs, et l’été, sans ombrage ;
Aucun ange du ciel n’a regardé mes pleurs.
Que ne puis-je, changeant l’absinthe en ambroisie,
Comme vous, aux accords d’un chant de poésie
Endormir mes douleurs !

À notre âme, ici-bas , il n’est rien qui réponde ;
Poètes inspirés, montrez-nous votre monde !
À ce vaste désert, venez nous arracher.
Pour le divin banquet votre table se dresse…
Oh ! laissez, de la coupe où vous puisez l’ivresse,
Mes lèvres s’approcher !

Oui, penchez jusqu’à moi voire main que j’implore ;
Votre coupe est trop loin, baissez, baissez encore !…
Répandez dans mes vers l’encens inspirateur.
Pour monter jusqu’à vous, mon pied tremble et chancelle…
Poètes ! descendez, et portez sur votre aile
Une timide sœur !

Sophie d’Arbouville
(1810-1850)
Le Poète. Ode
Poésies et nouvelles (1840)

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Emilienne d’Alençon: Elégie

 

 Elégie

L’allée est ténébreuse, et le ciel est mystique;
L’Aphrodita de marbre étend son beau corps nu,
Le gazon est humide et luisant, il a plu…
Sur le gravier s’allonge une ombre fantastique.

L’amour a, par moments, besoin de s’exiler;
Et c’est pourquoi, ce soir, plaisir ou délivrance,
Nous allons à pas lents, baignés dans du silence,
Rechercher la tendresse au jardin isolé.

Douceur de vivre à deux, un soir de lassitude!
O vivre près de toi! bonheur sans lendemain!
Tu m’aimes aujourd’hui – m’aimeras-tu demain?
Et mon soupir a, seul, troublé la solitude.

Cependant on perçoit un long pas, qui nous suit,
Propice à conserver l’illusison divine,
Un pas léger, un as flottant, que l’on devine:
C’est l’ombre de l’amour, dans l’ombre de la nuit.

Emilienne d’Alençon
(1869-1946)
Elégie

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Hera Lindsay Bird: Pamper Me to Hell and Back (Poetry)

Selected by Carol Ann Duffy for Laureate’s Choice Love, death, Bruce Willis, public urination, being a woman, love, The Nanny, love. This pamphlet of poetry by Hera Lindsay Bird is a startling departure from her bestselling debut Hera Lindsay Bird by defying convention and remaining exactly the same, only worse.

This collection, which focusing on love, childish behaviours, 90’s celebrity references and being a woman is sure to confirm all your worst suspicions and prejudices. In a recent comments section on the Guardian, her work has been described as “This comment was removed by a moderator because it didn’t abide by our community standards. Replies may also be deleted. For more detail see our FAQs,” and “This comment was removed by a moderator because it didn’t abide by our community standards. Replies may also be deleted. For more detail see our FAQs.”

“Keats is dead so fuck me from behind
Slowly and with carnal purpose
Some black midwinter afternoon
While all the children are walking home from school
Peel my stockings down with your teeth
Coleridge is dead and Auden too”

Hera Lindsay Bird has a MA in poetry from Victoria University of Wellington, where she won the 2011 Adam Prize. Her work has been published by The Toast, The Hairpin, Sport, Hue & Cry, The Spinoff, The New Zealand Listener and Best New Zealand Poems. In 2017, she won the Jessie Mackay Best First Book Award for Poetry and the Sarah Broom Poetry Prize. She is currently living in Wellington.

Hera Lindsay Bird
Pamper Me to Hell and Back
English Poetry
Publisher: Smith/Doorstop Books/
Penguin Books Ltd
112 pages
ISBN-10: 1910367842
ISBN-13: 978-1910367841
NUR code 306
Paperback
$11.69

# new poetry
Hera Lindsay Bird
Pamper Me to Hell and Back

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Zaina Alsous, winner of the Norma Farber First Book Award

Announcing the 2020 Norma Farber Award winner, Zaina Alsous with A Theory of Birds (Poems)

Aina Alsous is the 2020 recipient of the Poetry Society of America’s Norma Farber Book Award for her book A Theory of Birds (University of Arkansas Press). The Norma Farber Book Award honors a first book of original poetry written by a living author.

The Judge was Matthew Shenoda. Matthew Shenoda’s Citation: In Zaina Alsous’ A Theory of Birds we are ushered into a re-calibration of the world, one intent on the eradication of that which has been oppressive and divisive. In these poems history unravels us in fragments, causing us to fold ourselves into a new definition of “self” and an unabashed rejection of our positions as “subjects.” The poems found here are an honest and open exploration of how we come into a sense of our own understanding in a postcolonial world. Alsous’ poems are driven by the asking, often posing sentient questions like “who translated kings and not birds?”; questions that cause us to think of redefinition. And while her poems are searing in their critiques of political, racial, and gendered domination, like all good artists she is poignant in her ability to implicate herself at every turn and help us break through the binaries we often use to define ourselves. Hers is an aesthetic of fragmentation as a collective piecing together. A Theory of Birds teaches us that the interior narratives, the often quiet things that make each of us whole, are the most essential.

Zaina Alsous is a prison abolitionist, a daughter of the Palestinian diaspora, and a movement worker in South Florida. Her poetry, reviews, and essays have been published in POETRY Magazine, The Kenyon Review, the New Inquiry, Adroit, and elsewhere. She edits for Scalawag Magazine, a publication dedicated to unsettling dominant narratives of the U.S. South. Her chapbook Lemon Effigies won the Rick Campbell Chapbook Prize and was published by Anhinga Press. Her first full-length collection A Theory of Birds won the Etel Adnan Poetry Prize, and was published by the University of Arkansas Press in the fall of 2019.

Every year the University of Arkansas Press, together with the Radius of Arab American Writers, awards the Etel Adnan Poetry Prize for a first or second book of poetry in English by a writer of Arab heritage. The series is edited by Hayan Charara and Fady Joudah and supported by the King Fahd Center for Middle East Studies at the University of Arkansas.

A Theory of Birds
Poems by Zaina Alsous
978-1-68226-104-0 (paper)
$16.95
70 pages
September 2019
University of Arkansas Press

 

“Inside the dodo bird is a forest, Inside the forest

a peach analog, Inside the peach analog a woman, Inside

the woman a lake of funerals”

 

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Guillaume Apollinaire: Crépuscule

 

Crépuscule

Frôlée par les ombres des morts
Sur l’herbe où le jour s’exténue
L’arlequine s’est mise nue
Et dans l’étang mire son corps

Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l’on va faire
Le ciel sans teinte est constellé
D’astres pâles comme du lait

Sur les tréteaux l’arlequin blême
Salue d’abord les spectateurs
Des sorciers venus de Bohême
Quelques fées et les enchanteurs

Ayant décroché une étoile
Il la manie à bras tendu
Tandis que des pieds un pendu
Sonne en mesure les cymbales

L’aveugle berce un bel enfant
La biche passe avec ses faons
Le nain regarde d’un air triste
Grandir l’arlequin trismégiste

Guillaume Apollinaire
(1880 – 1918)
Crépuscule

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Sophie d’Arbouville: Amour de jeune fille

 

Amour de jeune fille

Ma mère, quel beau jour ! tout brille, tout rayonne.
Dans les airs, l’oiseau chante et l’insecte bourdonne ;
Les ruisseaux argentés roulent sur les cailloux,
Les fleurs donnent au ciel leur parfum le plus doux.
Le lis s’est entr’ouvert ; la goutte de rosée,
Sur les feuilles des bois par la nuit déposée,
S’enfuyant à l’aspect du soleil et du jour,
Chancelle et tombe enfin comme des pleurs d’amour.
Les fils blancs et légers de la vierge Marie,
Comme un voile d’argent, volent sur la prairie :
Frêle tissu, pour qui mon souffle est l’aquilon,
Et que brise en passant l’aile d’un papillon.
Sous le poids de ses fruits le grenadier se penche,
Dans l’air, un chant d’oiseau nous vient de chaque branche ;
Jusqu’au soir, dans les cieux, le soleil brillera :
Ce jour est un beau jour !… Oh ! bien sûr, il viendra !

Il viendra… mais pourquoi ?… Sait-il donc que je l’aime ?
Sait-il que je l’attends, que chaque jour de même,
— Que ce jour soit celui d’hier ou d’aujourd’hui —
J’espère sa présence et ne songe qu’à lui ?
Oh ! non ! il ne sait rien. Qu’aurait-il pu comprendre !…
Les battements du cœur se laissent-ils entendre ?
Les yeux qu’on tient baissés, ont-ils donc un regard ?
Un sourire, dit-il qu’on doit pleurer plus tard ?

Que sait-on des pensers cachés au fond de l’âme !
La douleur qu’on chérit, le bonneur que l’on blâme ,
Au bal, qui les trahit ?… Des fleurs sont sur mon front,
À tout regard joyeux mon sourire répond ;
Je passe auprès de lui sans détourner la tête,
Sans ralentir mes pas…. et mon cœur seul s’arrête.
Mais qui peut voir le cœur ? qu’il soit amour ou fiel,
C’est un livre fermé, qui ne s’ouvre qu’au ciel !

Une fleur est perdue, au loin, dans la prairie,
Mais son parfum trahit sa présence et sa vie ;
L’herbe cache une source, et le chêne un roseau,
Mais la fraîcheur des bois révèle le ruisseau ;
Le long balancement d’un flexible feuillage
Nous dit bien s’il reçoit ou la brise ou l’orage ;
Le feu qu’ont étouffé des cendres sans couleur,
Se cachant à nos yeux, se sent par la chaleur ;
Pour revoir le soleil quand s’enfuit l’hirondelle,
Le pays qu’elle ignore est deviné par elle :
Tout se laisse trahir par l’odeur ou le son,
Tout se laisse entrevoir par l’ombre ou le rayon,
Et moi seule, ici-bas, dans la foule perdue,
J’ai passé près de lui sans qu’il m’ait entendue…
Mon amour est sans voix, sans parfum, sans couleur,
Et nul pressentiment n’a fait battre son cœur !

Ma mère, c’en est fait ! Le jour devient plus sombre ;
Aucun bruit, aucun pas, du soir ne trouble l’ombre.

Adieux à vous ! — à vous, ingrat sans le savoir !
Vous, coupable des pleurs que vous ne pouvez voir !
Pour la dernière fois, mon Ame déchirée
Rêva votre présence, hélas! tant désirée…
Plus jamais je n’attends. L’amour et l’abandon,
Du cœur que vous brisez les pleurs et le pardon,
Vous ignorerez tout !… Ainsi pour nous, un ange.
Invisible gardien, dans ce monde où tout change.
S’attache à notre vie et vole à nos côtés ;
Sous son voile divin nous sommes abrités,
Et jamais, cependant, on ne voit l’aile blanche
Qui, sur nos fronts baissés, ou s’entrouvre ou se penche.

Dans les salons, au bal, sans cesse, chaque soir,
En dansant près de vous, il me faudra vous voir ;
Et cependant, adieu… comme à mon premier rêve !
Tous deux, à votre insu, dans ce jour qui s’achève,
Nous nous serons quittés ! — Adieu, soyez heureux !…
Ma prière, pour vous, montera vers les Cieux :
Je leur demanderai qu’éloignant les orages,
Ils dirigent vos pas vers de riants rivages,
Que la brise jamais, devenant aquilon,
D’un nuage pour vous ne voile l’horizon ;
Que l’heure à votre gré semble rapide ou lente ;
Lorsque vous écoutez, que toujours l’oiseau chante ;
Lorsque vous regardez, que tout charme vos yeux,
Que le buisson soit vert, le soleil radieux ;
Que celle qui sera de votre cœur aimée,
Pour vous, d’un saint amour soit toujours animée !…
— Si parfois, étonné d’un aussi long bonheur,
Vous demandez à Dieu : « Mais pourquoi donc, Seigneur ? »
Il répondra peut-être : « Un cœur pour toi me prie…
Et sa part de bonheur, il la donne à ta vie ! »

Sophie d’Arbouville
(1810-1850)
Amour de jeune fille
Poésies et nouvelles (1840)

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Emilienne d’Alençon: Courtisane

Courtisane

Mes bras se sont ouverts et se sont refermés,
J’ai bu tous les poisons aux coupes exaltantes,
Et si c’est un péché d’avoir beaucoup aimé,
Je veux le premier rang parmi les pénitentes!

Les plaisirs de la chair, se sont sur moi, posés,
La lèvre m’a meurtrie et la dent m’a blessée,
Je porte avec orgueil la trace des baisers,
Je n’ai rien désiré que d’être caressée.

Je ne regrette pas les beaux soirs innocents,
La calme pureté des coeurs de jeunes filles,
Moi qui ne peux calmer la fièvre de mon sang,
Ni l’éclair de mes yeux, quand la voolupté brille.

De l’amour prodigué le long des jours passés,
Des baisers pénétrants, sur les lèvres que j’aime,
De ces morceaux de fleurs, entre mes doigts froissés,
J’ai fait un pur collier de perles et de gemmes.

Je porte fièrement ce mystique joyau,
Dont l’éternel éclat me brûle jusqu’à l’âme:
Moi; que l’amour aura marquée à mon berceau,
J’entraîne vers sa loi, le cortège des femmes.

Emilienne d’Alençon
(1869-1946)
Courtisane

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Bert Bevers: Wachten op de perenval. Een boerengedicht

 

Wachten op de perenval

Een boerengedicht

Tussen verse klaver en bloeiende netel
roestige val: de dreiging blijft. Aan de voetzolen
poldermodder, smeuïg en zwart.

Uit langse karren bulken ajuinen. Erachter houden
wielrenners zich uit de wind. Boeren klotsen klompen
over de deel. Er zit regen in de lucht.

Bezwangerd land. Fazanten schieten door de greppels.
Hoera: gloeit achter gindse wolk de zon niet weer?
Harken krabben van de tuin de jeuk weg.

Hé Adriaen van Grijpstraten, waar heb je toch mijn
zwingel gelaten? neuriet de knecht. Vergeten is
de landheer die hier dertig jaar geleden op de rozen piste

nog niet gans.

Bert Bevers

 

Uit: Onaangepaste tijden, Zinderend, Bergen op Zoom, 2006
Bert Bevers is a poet and writer who lives and works in Antwerp (Be)

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Bert Bevers & Joep Eijkens: Vloed

 

Vloed

Ze kruipt graag voor, de branding. Spoelt zich het kader
uit de blik in, een kamer waarin nog nooit gewoond werd
tegemoet. Door druppels heen voeren winden landzieke
beloftes aan. Zonder wat voor twijfels dan ook zwijgt
schamel het strand van de ontrouw, en bilzacht de bank.

Bert Bevers

 

Bert Bevers schreef dit gedicht bij de foto van Joep Eijkens

© gedicht Bert Bevers 2020
© foto Joep Eijkens 2020

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Emilienne d’Alençon: Le Balcon

 

Le Balcon

Au balcon de l’hôtel, nous étions accoudées.
Et nous avions au coeur, un tel recueillement
Que la nuit et la mer, à nos pieds déployées,
Semblaient venir à nous, silencieusement.

Le ciel était si proche, au fond de l’ombre immense,
Que nos gestes semblaient atteindre l’horizon,
Les vagues se taisaient et, dans le grand silence,
Tout ce que vous disiez prenait un sens très profond.

Et voici que soudain, des voix mystérieuses
Se mirent à chanter sur la mer, devant nous,
Et les unes étaient tendres et douloureuses,
Et d’autres résonnaient comme un rire très doux.

Les voix disaient le charme et la mélancolie
De la belle rencontre et du divin hasard,
Les voix disaient l’histoire obscure de la vie,
L’angoisse des adieux, les larmes du départ.

Ah! qui saura jamais, pourquoi sous ces étoiles,
Les être dans le soir, se seront pris la main,
Au lieu de s’en aller, comme s’en vont les voiles,
Sur les flots, vers des cieux différents et lointains.

J’ai senti contre moi, votre épaule plus chaude,
Le ciel, en pâlissant, faisait vos yeux plus clairs,
Et des parfums marins de sable, d’algue et d’iode,
Se mêlaient aux parfums qu’exhalait votre chair

Emilienne d’Alençon
(1869-1946)
Le Balcon
Août 1917

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