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Laure (Colette Peignot)

· Laure (Colette Peignot): Esmeralda · LAURE (COLETTE PEIGNOT): D’OÙ VIENS-TU? · LAURE (COLETTE PEIGNOT): JE L’AI VUE · LAURE (COLETTE PEIGNOT): LE CORBEAU

Laure (Colette Peignot): Esmeralda

 

Esmeralda

Esmeralda
Esmeralda
une voix de femme crie appelle
hop hop
des écuyères
des équilibristes
au moment
dangerereux
un sourd galop
de cheval
une piste
un grand cheval noir…
Esmeralda galope nue sur un cheval fou
Esmeralda et son corps blanc de neige et sa longue large chevelure rousse
qui touche et s’emmêle à la crinière
à la queue
de lourd crin noir
Esmeralda
se couche
se cabre
se renverse
longue chevelure
et crinière
longue chevelure
et queue
plus longue que l’épaisse queue de crin
D’un claquement de fouet
Esmeralda
est debout sur le cheval
rutilante
de nudité
fraîcheur
Cette blancheur
trop blanche de rousse
et ses seins lourds et la corolle très large fendue
dans la blancheur un peu blessée décentrée
d’un si tendre et si fin bouton
Esmeralda
joue
dans une chambre toute capitonnée
Voilée de tissus vert tendre
elle est parfumée
elle sort du bain
elle joue parce que c’est l’heure pour elle de jouer de s’exercer
de plus en plus savamment
aux exercices
dans le petit (réduit)
attenant à sa chambre
Esmeralda est promise au plaisir
née pour le plaisir
sa tendre étoile
sous laquelle elle est née
tendres sont les hommes
Esmeralda saute du cheval
Et ne remonte plus à sa chambre = elle suit le cheval
et rentre à l’écurie
Tendre tendre
Esmeralda
rentre dans son box à côté de
son box en tout point semblable à l’autre
La journée commence
de grands claquements de fouets se font entendre
auxquels se joint le hennissement du cheval
un cri
Esmeralda lève-toi
ta chaîne à la mangeoire
un homme te regarde
assis sur un petit trépied
les genoux tu écartes nue mains sur
la cuisse
l’autre tient le fouet debout
Esmeralda tu seras sage aujourd’hui
– Comme toujours
– Non, pas « comme tous les jours »
folle que tu es
plus que tous les jours

Laure
(Colette Peignot 1903 – 1938)
Esmeralda

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LAURE (COLETTE PEIGNOT): D’OÙ VIENS-TU?

Laure-COLETTEPEIGNOT13

Laure
(Colette Peignot 1903 – 1938))

D’où viens-tu ?

D’où viens-tu avec ton cœur
déchiré aux ronces du chemin.
Les mains calleuses de casseur de pierre
et ta tête gonflée comme une
outre piquée ?

Nous sommes ceux qui crient dans le désert
qui hurlent à la lune.

Je le sens bien maintenant : « mon devoir m’est remis. » Mais
lequel exactement ?
C’est parfois si lourd et si dur que je voudrais courir dans la
Campagne.
Nager dans la rivière
oublier tout ce qui fut, oublier l’enfance sordide et timorée.
Le vendredi saint, le mercredi des cendres.
l’enfance toute endeuillée à odeur de crêpe et de naphtaline
L’adolescence hâve et tourmentée.
Les mains d’anémiée.
Oublier le sublime et l’infâme
Les gestes hiératiques

Les grimaces démoniaques.
Oublier
Tout élan falsifié
Tout espoir étouffé
Ce goût de cendre
Oublier qu’à vouloir tout
on ne peut rien
Vivre enfin
« Ni tourmentante
Ni tourmentée »
Remonter le cours des fleuves

Retrouver les sources des montagnes
les femmes les vrais hommes travailleurs
qui enfantent
moissonnant
M’étendre dans les prairies
Quitter ce climat
Ses dunes, ses landes sablonneuses, cette grisaille et
ses déserts artificiels,
Ce désespoir dont on fait vertu,

Ce désespoir qui se boit
se sirote à la terrasse des cafés
s’édite… et ne demanderait qu’à nourrir très bien son homme
Vivre enfin
Sans s’accuser
ni se justifier
Victime
ou coupable
comment dire ?
Un tremblement de terre m’a dévastée

On t’a mordu l’âme
Enfant !
Et ces cris et ces plaintes
Et cette faiblesse native
Oui –
Et s’ils ont vu mes larmes
Que ma tête s’enfonce
jusqu’à toucher
le bois
et la terre

LAURE (Colette Peignot) poetry
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LAURE (COLETTE PEIGNOT): JE L’AI VUE

Laure-COLETTEPEIGNOT11

Laure
(Colette Peignot 1903 – 1938))

Je l’ai vue

Je l’ai vue – cette fois je l’ai vue
où ? à la limite de l’aube
et de la nuit

l’aube du jardin
la nuit de la chambre

avec un sourire qui craque
une patience d’ange
elle m’attend
Et je le sais bien

Puis d’une voix lointaine
elle m’a dit
Ah mais non
Tu ne deviendras pas folle
Entends-tu, tu ne te conduiras pas comme cela,
Tu feras ceci et cela. Elle parlait parlait sans que je ne
comprenne plus rien
Je la suivais malgré moi
Dans un froufrou de soie une robe à traîne avec beaucoup de
volants qui rebondissaient sur chaque marche.
elle a disparu
brillante bruissante
par un escalier étroit
et délabré

En haut
c’était le rayon d’hommes, des milliers de vêtements
Une pièce toujours fermée, surchauffée
Seule présente vivante :
elle
elle parcourait les espaces vides entre les mannequins
portant tous son masque

Laure poetry
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LAURE (COLETTE PEIGNOT): LE CORBEAU

Laure-COLETTEPEIGNOT12

Laure
(Colette Peignot 1903 – 1938)

Le Corbeau

C’était dans la forêt
le silence et le secret
d’une étoile à multiples rayons.
Loin, à l’orée du bois
dans cette allée
que des arbres bas
couvrent en arceau
un enfant passa
perdu
effrayé, émerveillé de me voir
comme je l’apercevais lui-même
tout enchâssé dans une sphère à flocons de neige.
Les tourbillons nous rapprochaient
comme pour se jouer de lui et de moi.
Un soleil violet, hors d’usage
et des lueurs d’orage
nous glaçaient d’épouvante.
Les fées et les ogres se disputant décidément
notre commune angoisse
voulurent que la foudre déchirât
non loin de là
un grand arbre
qui s’ouvrit
comme un ventre.
Je bramai.
L’enfant, jambes nues zébrées de froid et capuchon
bien réel (à tordre)
rouvrit les yeux.
A ma vue, il s’enfuit.
Renonçant à le poursuivre
ramassant dans l’ornière un étrange destin
somme toute fort logique
je rebroussai mon chemin
« comme si de rien n’était »
mais je sentais à mon épaule
ce frôlement lourd et discret
de l’oiseau aux ailes noires
et le considérant avec douceur
j’eusse voulût que partout il m’accompagnât et
toujours me précédât
comme un chevalier son héraut.
De plus en plus perdue
heurtant les pierres
glissant sur les feuilles mortes
m’enlisant dans la vase d’un étang
j’arrivai à une maison abandonnée
un puits de mousse et vert de gris
un seuil défoncé
j’entrai.
Le papier à fleurs et moisi
ondulait par vagues
vers un plancher pourri
une cheminée béante
exhibait les traces encore intactes d’un feu éteint
cendres, tibias calcinés de frênes et de bouleaux.
Je poussais des portes sans gonds
dont la chute me terrifiait
j’ouvrais des fenêtres sans carreaux
comme si l’air me manquait.
Enfin, je montai un escalier dérisoire.
Les murs, couverts de graffitis étranges, inconnus
jamais vu
mettaient ma vie à nue
avec mon nom en toutes lettres mêlé à des crimes :
« et de quel droit ?
du droit des pauvres ».
Dans ce grenier souillé
l’oiseau me rejoignit
de son cri
pour fouailler les vivants
de son bec
pour dépecer les morts
l’ombre noire projetée sur moi
semblait élire une proie
La nuit ma trouvée
étranglée au fond du bois
Elle m’a enveloppée d’un halo de lune
et bercée dans la brume
une brume blanche, mouvante et givrée :
« je connais ton étoile
va et suis-la
Cet être sans nom
renié tour à tour
par la nuit et le jour
ne peut rien contre toi
et ne te ressemble pas
crois-moi
Lorsque demain à l’aube
ta tête sera jetée
au panier des guillotinés
souviens-toi
Assassin
Que toi seul
as bu à mon sein
« tout le lait de la tendresse humaine »

Laure (janvier 1936) poetry
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